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La télévision fait grossir les enfants

Fabien Deglise, Le Devoir, mercredi le 25 mai 2005


Si la télévision occupe, distrait et informe, elle semble aussi avoir, au Québec, la capacité de faire grossir en induisant de mauvais choix alimentaires. Surtout chez les enfants de 10 ans qui sont toujours plus nombreux à manger devant la télé, a constaté la nutritionniste Marie Marquis, dans une étude qui vient de paraître dans la dernière livraison de la Revue canadienne de la pratique et de la recherche en diététique. Au terme d'une analyse des comportements alimentaires de 534 enfants francophones âgés de 10 ans, le constat de Mme Marquis, professeur au Département de nutrition de l'Université de Montréal, est sans équivoque. Aujourd'hui, près d'un quart des garçons et 18 % des filles de ce groupe d'âge mangent tous les jours devant un poste de télévision. Pis, des deux côtés de la clôture des sexes, ce sont plus de 80 % de ces jeunes qui choisissent la compagnie d'un tube cathodique pour partager leurs repas, sur une base quotidienne ou plusieurs fois par semaine.


«Dans une province où les enfants consacrent 15 heures par semaine à la télévision -- soit l'équivalent de deux journées de travail --, selon Statistique Canada, que des enfants mangent devant la télévision n'est pas étonnant, souligne la nutritionniste. Par contre, nous avons été surpris par la proportion de ceux qui le font tous les jours.»


Qualifiée de «désastre», cette «mauvaise habitude» qui prend de plus en plus de place dans le quotidien des ménages ne vient malheureusement pas seule. En effet, elle s'accompagne significativement d'une dégradation des choix alimentaires qui n'augure rien de bon sur le plan de la santé publique, a constaté Mme Marquis dont l'étude, financée par l'Institut Danone du Canada -- le marchand de yogourt n'a toutefois pas mis son nez dans le contenu de l'étude, assure-t-elle -- est cosignée par le nutritionniste Yves Filion et Fannie Dagenais, du Groupe d'action sur le poids.


C'est que, programme télévisé rime en effet avec grignotage, un grignotage gras, salé et sucré pour les garçons et plus riches en crudités et pain de blé entier chez les filles, qui avouent toutefois, à leur âge, un penchant pour les sources de caféine, comme le café et le thé, a constaté Mme Marquis. «C'est surprenant, mais lié sans doute à un phénomène de mode, dit-elle. Ce comportement tend par contre de plus en plus à se généraliser.»


Solitude


Autre risque d'épidémie : la solitude des enfants face à la télévision. En effet, plusieurs rencontres avec les «cobayes» ayant participé à cette étude, ont mis en lumière un phénomène social pour le moins intrigant, selon la chercheure. «Dans les familles, les gens mangent de moins en moins ensemble, dit-elle, mais mangent aussi seuls devant leur télévision», sans vraiment se douter des conséquences alimentaires délétères qui peuvent venir avec l'installation d'un téléviseur dans la chambre d'un enfant de 10 ans. Difficile d'ailleurs d'en être autrement. «L'acte alimentaire en présence d'une télévision est très ancré dans la société québécoise, poursuit Mme Marquis. Plus personne ne se pose de questions autour de cet objet et des comportements qu'il fait naître. Et c'est bien dommage, surtout quand on sait que le repas du soir peut être le seul moment de la journée pour échanger entre les membres d'une famille.» Des membres d'ailleurs qui, selon elle, gagneraient, à l'avenir, à se tenir un peu plus loin du petit écran histoire de retrouver la santé.

Lutte contre l'obésité - Les industriels de la bouffe font partie de la solution, dit l'OMS
Une autre voix condamne toutefois certaines associations contre-nature
Fabien Deglise, mercredi le 1er juin 2005


Alors que l'obésité semble en voie de remplacer le tabagisme comme ennemi n° 1 de la santé publique dans les pays développés et désormais dans les pays en développement, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a réitéré hier l'importance d'une lutte intégrée pour mettre un terme à ce fléau. Une guerre à laquelle l'industrie agroalimentaire doit désormais prendre part, «dans son intérêt et celui de ses consommateurs», a commenté Jong-Wook Lee, directeur général de l'organisme, de passage à Montréal. «Dans la lutte contre l'obésité, ce serait une erreur [pour l'OMS] de construire une forteresse pour se battre contre l'industrie», a-t-il expliqué au Devoir en marge du Forum économique international des Amériques, qui se déroule cette semaine dans un hôtel de la métropole. «Nous n'avons jamais senti le besoin d'écouter l'industrie du tabac [en raison de la nocivité démontrée du produit]. Mais pour l'alimentation, les choses sont différentes. L'industrie fait partie du problème mais aussi de la solution.»

Selon lui, le dialogue avec les fabricants de malbouffe est plus que nécessaire afin de trouver ensemble des façons de produire des aliments meilleurs pour la santé. «L'industrie s'intéresse d'ailleurs à ce dossier, a poursuivi M. Lee. Et c'est très bien.»


Les intérêts de ce secteur de l'économie face à l'obésité et à l'embonpoint qui affecte près de 1,5 milliard de personnes de par le monde sont toutefois loin d'être toujours profitables, estime pour sa part Marion Nestle, du département de nutrition et d'étude des aliments de l'université de New York. Surtout lorsque vient le temps de repenser un guide alimentaire, a-t-elle souligné lors d'une conférence sur l'influence des multinationales dans les politiques alimentaires américaines.

«Dans ce contexte, la transparence est nécessaire, a-t-elle plaidé. Le Canada [qui travaille actuellement à une révision de son guide alimentaire] devrait d'ailleurs saisir l'occasion de créer un guide indépendant de l'industrie.» Évoquant la nouvelle pyramide nutritionnelle américaine (le guide alimentaire des États-Uniens) qui, selon elle, parle plus d'activité physique que de nourriture à cause des pressions de l'industrie, Mme Nestle, devenue la pasionaria de l'antimalbouffe, estime qu'un guide devrait davantage s'inscrire contre les environnements obésogènes plutôt que de composer avec eux. Ce document doit être conçu pour «la santé publique plutôt que pour l'industrie agroalimentaire», a-t-elle expliqué.
N'empêche, la collaboration ne devrait pas toujours être à proscrire. Surtout pour renverser la tendance actuelle qui fait en sorte que le prix des aliments ayant une valeur nutritionnelle recommandée pour la santé est généralement plus élevé que celui des produits contenant des calories vides, a dénoncé Catherine Le Galès-Camus, spécialiste de l'obésité à l'OMS. «C'est un domaine [la fixation des prix] où les gouvernements peuvent agir, a-t-elle indiqué au Devoir. En modifiant les politiques agricoles par exemple, les États pourraient s'assurer que les produits sains soient accessibles à tous, et ce, à des prix abordables», acculant du même coup les aliments trop sucrés, trop salés ou trop gras -- qui dominent actuellement le marché -- à la marginalité, souhaitent en choeur les pourfendeurs de la surcharge pondérale.


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